Demander sa démission à Jovenel, c’est demander gentiment la clé de sa cellule à son geôlier

Demander sa démission à Jovenel, c’est demander gentiment la clé de sa cellule à son geôlier

  • Haïti Renaîtra par Jean Willer Marius et Jean Jackson Michel.

L’Amérique latine s’embrase, preuve que les pauvres sont fatigués de leur situation, fatigués d’être spectateurs du scénario de leur propre vie, écrit par d’autres. Ils exigent un changement de paradigme, ici, maintenant. Preuve aussi de l’échec de nos systèmes de gouvernance basé sur l’exploitation à outrance de la force de travail des dociles et l’augmentation inconsidérée de taxes perçues, non pas pour améliorer la condition d’existence du contributeur, mais pour augmenter les zéros des comptes d’épargne d’astucieux politiciens. Et pour avoir fait l’histoire, le signal de départ est venu d’Haïti. Le prolétaire a toujours travaillé fort et est resté pauvre de génération en génération, nos fils deviennent esclaves des leurs. Les patrons ont toujours exploité, protégés qu’ils sont, par les lois établies, les forces armées, la presse à qui ils distribuent des pitances pour faire le sale boulot. Et pour que ce subterfuge persiste, il faudra placer le fer aux mains d’hommes malades et leur faire croire que leur salut en dépend. En Haïti, après l’affront martelly, ils ont trouvé en Jovenel, le modèle parfait : fou, bête et méchant.

Tous les citoyens haïtiens, survivants au cauchemar de leur existence, qui refusent d’abandonner le combat en rangeant le fer au fourreau, qui estiment de leur devoir de noircir des feuilles ou de produire à bout de souffle des mégabytes, ont déjà fait le tour de la crise haïtienne et de sa solution quasi unanime : Le type doit partir. Tout ce qui devrait être dit l’a été et pourtant le type résiste, au grand dam de ce que nous pensons, de ce que nous voulons. Tant qu’il sert ses patrons, nous pouvons tous crever comme des sales nègres que nous sommes et avons toujours été à leurs yeux. Certains d’entre nous, éternelles victimes de blancomanie, se rangent du côté de l’oppresseur pour décrire la brutalité de l’Haïtien. Nous prêtons même notre esprit à l’autre, allant jusqu’à utiliser ses propres termes pour dire que les Haïtiens sont brutaux. Pourtant le discours serait tout autre si on commençait par dire que les Haïtiens n’ont plus rien, depuis qu’ils nous ont tout pris, que les Haïtiens sont enchainés depuis longtemps dans une exécrable misère, pendant que les responsables affabulent au micro de ce journaliste dont le fils à peine pubère, à en croire la rumeur, travaille déjà à l’ambassade.

Nous avons passé trop de temps à attendre à demander à quémander des miettes que, de toute évidence, ils ne nous donneront pas. Il est venu le temps d’insoumission, de prendre ce qui nous revient de droit ; c’est-à-dire, notre droit à la vie, à la dignité et au bien-être ; d’utiliser toute notre énergie à rompre les maillons ou d’allumer un brasier assez puissant pour faire fondre le fer de nos chaines, toutes nos chaines, qu’elles soient virtuelles ou concrètes. De dire un puissant shut up à ces hommes d’Église qui tordent sciemment le sens de versets bibliques pour mieux faire chou et raves sur nos offrandes, au lieu de les utiliser pour nous permettre de nous affirmer en créant des banques populaires, des hôpitaux et des écoles professionnelles. Ils font de la bedaine, coulent des jours heureux sur terre. Nous promettent le paradis après la mort. Je ne renoncerais pas pourtant à un paradis après ma mort ni à un peu de bonheur étant encore dans cette enveloppe charnelle.

Le fossé entre riches et pauvres se creuse chaque jour davantage et les pays appauvris sont devenus de véritables ghettos nationaux où la seule issue possible est le cimetière, la prison. Les gardiens du système citeront çà et là un nom pour vous dire que lui, il a réussi et tu pourrais l’être aussi, si tu as travaillé assez fort, sauf que c’est aussi dans le plan de faire voler de temps à autre un petit canard docile. Que les statisticiens calculent le pourcentage infinitésimal de pauvres qui réussissent, l’on comprendra que finalement notre sort dépend du manger et du boire et surtout de mourir, dans la crasse et l’indignité. Et pour mieux asseoir tout cela, ils façonnent des ouvrages pour nous expliquer les règles de la finance et de la démocratie. Des experts crédules nous font des cours magistraux sur les tenants et les aboutissants de l’état. Au final, le pauvre devient plus pauvre et le riche devient plus riche. Et cela encore à l’infini.

Demander sa liberté à l’oppresseur c’est demander la clé de sa cellule à son geôlier, c’est oublier que ce sont les victimes qui font les bourreaux et non l’inverse et c’est venu le moment de citer l’autre : La liberté ne se donne ni se demande, elle se prend, par la force des bras. Des pages de notre merveilleuse épopée résonnent encore, ces mots du père fondateur de la patrie, assassiné par ces gens-là, ces éternels voleurs de bonheur, avant de pouvoir concrétiser son rêve de doter Haïti d’un Ministère du Bonheur pour faire de l’haïtien un homme libre et heureux : nous avons juré de vivre libre ou de mourir.

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